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Témoignages : pourquoi se faire tatouer le diabète ?

Comme si le diabète ne prenait pas assez de place dans la tête ou sur le corps, voilà que les personnes qui vivent avec un diabète veulent de plus en plus se le faire marquer sur la peau ! On pourrait trouver cela contradictoire alors qu’en fait, c’est tout l’inverse : le tatouage est un choix, une façon de s’approprier le diabète de type 1, contrairement au reste que la maladie impose. Retour sur un phénomène bien “encré” à travers des témoignages de personnes diabétiques et tatouées, en France et au Québec.

Témoignages : pourquoi se faire tatouer le diabète ?
Tatouage de Coralie Alabert/@coco_and_podie.
  • Peut-on se faire tatouer lorsqu'on vit avec un diabète ?

    La première question qui nous vient à l’esprit lorsqu’on aborde le sujet du tatouage est de savoir : diabète et tatouage font-ils bon ménage ? Bonne nouvelle : la réponse est oui, à condition de respecter les mesures d’hygiène qui s’adressent à tous, et de prendre quelques précautions supplémentaires. Il est important d'avoir une glycémie équilibrée car une glycémie trop déséquilibrée peut retarder la guérison, augmenter le risque d’infection et constitue donc une contre-indication aux ornements corporels (tatouages et piercings), ou au moins une raison pour différer le projet. Ensuite, il est préférable d'éviter de se faire tatouer sur les sites d’injection de l’insuline (abdomen, cuisses, fesses, bras) et les zones où la circulation se fait moins bien (tibias, chevilles, pieds) car la cicatrisation peut être plus lente.

     

    Et pour mettre toutes les chances de son côté : on informe le tatoueur de sa condition, et son équipe médicale avant de passer à l’acte. Mieux vaut prévenir que guérir ! On prévoit des pauses lors des longues séances de tatouage pour prendre des collations et prévenir les hypoglycémies. On suit bien toutes les recommandations post-tatouage (hydratation de la peau, pas d’exposition au soleil ni de baignade, bandage si besoin) et on surveille avec attention les signes d’infection éventuelle (rougeur, chaleur, douleur…). Autrement dit, on est à l’écoute de son corps.

     

    La glycémie peut s’élever lors de la séance de tatouage en raison du stress, de la douleur ou encore de la durée de la session, et revient généralement à la normale le lendemain.

     

  • Tatoos inspirés et inspirants.

    Hommage au diabète, cadeau à soi-même, symbolique cachée ou pas, pied de nez au corps médical, hasard du calendrier... Voici les témoignages inspirants de personnes vivant avec un diabète de type 1 et d'aidants sur leurs œuvres pleines de sens !

     

  • Florence Aubuchon : "une façon de me remémorer tous les bons côtés du diabète dans ma vie."

    Florence a été diagnostiquée diabétique de type 1 (DT1) à l’âge de 3 ans et demi. Elle s’est fait faire ce tatouage à 20 ans avec sa sœur de deux ans sa cadette, elle aussi DT1. 

     

    "Je me suis fait tatouer les coordonnées GPS du chalet du Camp Carowanis (séjour pour les enfants diabétiques de type 1 au Québec) car il a été marquant pour moi. C’est une façon de me remémorer tous les bons côtés du diabète dans ma vie. Le camp m’a permis d’accepter mon diabète, de me sentir normale, de trouver une famille qui comprenait ce que je ressentais. Ce camp a été un énorme support pour ma santé mentale quand j’étais jeune, et encore jusqu’à tout récemment. C’est un répit de la vie normale et des questions des gens, c’est un environnement sans tabou où on peut rire de notre maladie et où on se comprend. Je me suis beaucoup forgée là-bas." 

     

    Florence avait 9 ans lorsqu’elle est allée au camp pour la première fois. Elle y est retournée chaque année de 2007 à 2015, puis a été animatrice là-bas de 2015 à 2021.

    Tatouage de Florence Aubuchon représentant les coordonnées GPS de son premier séjour avec d'autres enfants DT1.
    Tatouage de Florence Aubuchon représentant les coordonnées GPS de son premier séjour avec d'autres enfants DT1.
  • Daniel Lemieux : "mon Atlas à moi supporte mon fardeau : le DT1."

    Daniel avait 20 ans lorsqu’il a été diagnostiqué diabétique de type 1. Il s’est fait faire ce tatouage à 37 ans. 

     

    "Je suis fan de mythologie, d’histoire et de fantasy. Mon tatouage représente le dieu Atlas, qui a été condamné à être le pilier entre la Terre et le Ciel car il se croyait au-dessus de tout : supporter le ciel pour permettre à tes sujets de pouvoir vivre sera donc ton fardeau. Mon Atlas à moi supporte mon fardeau : le DT1. J’ai baptisé mon tatouage : à chaque vie son fardeau." 

    Daniel Lemieux a choisi de représenter le dieu Atlas portant son fardeau : le diabète de type 1.
    Daniel Lemieux a choisi de représenter le dieu Atlas portant son fardeau : le diabète de type 1.
  • Mélissa Bourgeault : "ce tatouage est un cadeau que je me suis fait pour mieux accepter la maladie."

    Mélissa avait 14 ans lors de son diagnostic de diabète de type 1, 19 ans pour celui de la gastroparésie et 26 ans pour celui de la dysmotilité intestinale. Elle s’est fait faire ce tatouage à l’âge de 27 ans.

     

    "En plus du DT1, je fais de la gastroparésie (syndrôme de “l’estomac paresseux” ou “paralysie” de l’estomac) ainsi que de la dysmotilité intestinale. Le paresseux symbolise la gastroparésie, auquel j’ai ajouté une pompe à insuline, et deux fleurs avec les prénoms de mes deux filleuls. Ce tatouage est un cadeau que je me suis fait. Il m’aide à mieux accepter la maladie."

    Le tatouage de Mélissa Bourgeault représente son DT1 et sa gastroparésie.
    Le tatouage de Mélissa Bourgeault représente son DT1 et sa gastroparésie.
  • Myriam Babin : "une forme d'acceptation de la maladie."

    Agée de 14 ans lors de son diagnostic, Myriam s’est fait faire ce tatouage à 34 ans. 

     

    "Je n’étais pas fan à l’idée de porter un bracelet médical et je me faisais chicaner par mon diabétologue pour cette raison ! J’ai alors décidé de me faire tatouer sur le bras droit quelque chose qui permettrait de voir facilement que je suis DT1. Je voulais quelque chose d’unique. J’adore les tatouages, j’en ai plusieurs, mais il était hors de question que je me fasse faire le même dessin que tout le monde ! Je suis reconnue pour être une “bibite à sucre” (elle a la dent sucrée) et surtout, j’adore faire et décorer les cupcakes. J’ai commencé à regarder des modèles sur internet et ça a été très inspirant. Ce tatouage me représente tellement ! 

    Au départ, je voulais écrire “diabète type 1” mais c’était trop long et ça gâchait le dessin, alors j’ai décidé de mettre juste “diabète”. Beaucoup de gens sont offusqués que le DT1 et DT2 portent le même nom mais moi, ça m’importe peu : c’est le même organe qui “rush” dans son travail. 

    À cause de la pandémie, mon rendez-vous a été reporté deux fois, pour finalement avoir lieu en mars 2021. Par hasard, la date coïncidait presque jour pour jour avec le 20ème anniversaire de mon diagnostic ! Ça a donné un autre sens à cette séance de tatouage ! 

    Pour moi, se faire marquer la peau c’est comme une forme d’acceptation de la maladie, et une façon de montrer au monde médical que les diabétiques aussi peuvent se faire tatouer, ce qui est généralement non recommandé."

     

    Passionnée de cupcakes, Myriam Babin s'est fait tatouer ce dessert.
    Passionnée de cupcakes, Myriam Babin s'est fait tatouer ce dessert.
  • Marl Lach : "mon tatouage est un hommage au DT1 qui m’a mise sur la voie de mon métier."

    Marl a été diagnostiquée diabétique de type 1 à l’âge de 14 mois. Elle s’est fait tatouer une infirmière diabétique à l’âge de 37 ans.

     

    "Je suis infirmière et c’est, en quelque sorte, mes visites trimestrielles à l’hôpital pour mes suivis de diabète qui ont fait que je me suis dirigée dans ce domaine. Mon tatouage est un hommage au DT1 qui m’a mise sur la voie de mon métier. J’exerce en gynécologie pédiatrique mais il arrive que nos pédiatres fassent des consultations aux Urgences, et donc diagnostiquent un DT1 à des enfants. Je ne me verrais pas faire autre chose qu’infirmière. Si j’aimais l’école et que j’avais le temps, je retournerais étudier pour me spécialiser en diabétologie." 

     

    Marl Lach rend hommage à son diabète de type 1 et à sa profession d'infirmière.
    Marl Lach rend hommage à son diabète de type 1 et à sa profession d'infirmière.
  • Marie-Amélie Chassa : "avec ce tatouage, je ne me cache plus."

    Diagnostiquée DT1 à l’âge de 8 ans, Marie-Amélie s’est fait faire ce tatouage à 23 ans.

     

    "J’ai toujours voulu avoir un tatouage, sans trop savoir au départ quel motif choisir. Ma passion pour Harry Potter a fait que j’ai choisi de me faire tatouer les reliques de la mort. Il est à l’envers pour que je puisse voir le symbole de la femme (un triangle à l’envers) lorsque je le regarde. J’ai décidé d'ajouter le cercle en bleu pour intégrer mon diabète dans mon tatouage : ça me prouve que je l’assume entièrement et que je ne me cache plus."

    Marie-Amélie combat les forces du mal diabétique avec son tatouage en hommage à Harry Potter.
    Marie-Amélie combat les forces du mal diabétique avec son tatouage en hommage à Harry Potter.
  • Vanessa Berger : "c’est notre façon de vivre, nous aussi, avec le diabète toute notre vie."

    La fille de Vanessa a été diagnostiquée avec un DT1 à 8 ans. 8 mois plus tard, Vanessa et son conjoint se sont chacun fait tatouer. 

     

    "Le diagnostic de notre fille a été un énorme coup dur pour nous, nous étions vraiment perdus. Il nous a fallu quelques mois pour l’accepter et vivre avec. Aujourd’hui, il est accepté et parfaitement intégré dans notre quotidien. Comme notre fille doit vivre toute sa vie avec le DT1, nous avons décidé de nous faire ce tatouage : c’est notre façon de vivre, nous aussi, avec le diabète toute notre vie."

    Le tatouage de Vanessa Berger soutient le diabète de sa fille.
    Le tatouage de Vanessa Berger soutient le diabète de sa fille.
  • Alice Emma : "un tatouage juste pour moi."

    "Mon tatouage est juste pour moi, pas pour alerter qui que ce soit. De toute façon à part nous, diabétiques, personne ne comprend sa signification ! Ce tatouage permet de me booster en cas de coup de mou."

    Alice Emma a représenté le "je suis plus fort que mes hauts et mes bas."
    Alice Emma a représenté le "je suis plus fort que mes hauts et mes bas."
  • Gabrielle Dufour : "il m'aide à me concentrer sur le positif plutôt que sur les difficultés."

    Gabrielle avait 15 ans lors de son diagnostic. Elle s’est fait faire son premier tatouage à l’âge de 23 ans et son second en 2021.

     

    "Mon premier tatouage remplace mon bracelet médical que j’ai perdu lors d’un voyage en sac à dos au Costa Rica. Je me suis fait tatouer dès mon retour de voyage ! Mon deuxième tatouage représente mes 15 ans de diabète, mon début avec une pompe à insuline et la réacceptation de mon DT1. C’est une façon de célébrer ma résilience et tout ce que j’accomplis au quotidien malgré ma maladie. Ça boucle un peu mon cheminement récent avec ma thérapie et c’est une marque positive de mon diabète et de tous mes efforts au quotidien. Ça m'aide à me concentrer sur le positif plutôt que sur les difficultés, les hauts et les bas, les cicatrices laissées par mon capteur et ma pompe... Je n’ai pas voulu écrire “insuline” sur la fiole : je trouve ça plus symbolique et ça laisse place à l’interprétation !"

     

    Gabrielle Dufour a choisi de se faire tatouer un bracelet médical.
    Gabrielle Dufour a choisi de se faire tatouer un bracelet médical.
  • Coralie Alabert : "mon tatouage me représente."

    Coralie a été diagnostiquée à l’âge de 9 ans. Elle s’est fait faire ce tatouage à 25 ans. 

     

    "Pour mon premier tatouage, je voulais une signification forte et singulière, en rapport avec le diabète. Je me suis inspirée d’une photo publiée sur mon compte Instagram : une fleur dans une fiole d’insuline. Cette fleur est un tournesol, ma fleur préférée car j’aime la symbolique de s’orienter vers le soleil. J’ai l’impression d’avoir fait la même chose avec mon diabète, en prenant conscience de ce qu’il m’a apporté : ma rencontre avec tant de gens formidables, ma passion d’aider les autres DT1, ma force de caractère. Au final, cette fleur sur mon bras qui s’épanouit grâce à l’insuline me représente : sans ce précieux liquide, je ne serais pas là. Mon tatouage est très symbolique, je suis fière d’expliquer sa signification lorsqu’on me le demande, et je suis fière d’être ce tournesol car ça n’a pas toujours été le cas."

    Le tournesol dans un flacon d'insuline de Coralie Alabert est un hommage à ce liquide vital.
    Le tournesol dans un flacon d'insuline de Coralie Alabert est un hommage à ce liquide vital.

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